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Autour de 14 heures, ce samedi 11 janvier 2025, les populations des quartiers Ayélawadjè, Sègbèya, Agongbomey et environs dans Akpakpa, à Cotonou, ont été surprises de voir une fumée épaisse qui montait vers le ciel et se propageait. Suffoquante et insupportable est-elle devenue, par-endroits, faisant plusieurs victimes. À la base, une explosion dans un magasin d’une maison à étage où sont stockés des produits inflammables, toxiques, tels que des bombonnes de gaz et autres produits chimiques.
Des témoignages obtenus surplace auprès de riverains dans la soirée, entre 18h30 et 20h, par Africa Dev News, un magasin au rez-de-chaussée d’un immeuble situé dans la rue de « Zoom Service Photos », non loin du carrefour Sègbèya, a reçu la veille un nouvel arrivage de produits qui y ont été stockés. On parle de bombonnes de gaz, de solutions de chlore (solution oxydante désinfectante) et autres produits chimiques. Est-ce l’effet de la chaleur mêlée à une fuite de gaz et autres produits qui a déclenché la détonation et l’embrasement ? Difficile d’être affirmatif. Les supputations vont bon train. Ce dont on est plus sûr, ce sont les conséquences du drame. Soudainement, une fumée bien compacte enveloppe le bâtiment et envahit progressivement les maisons et ruelles environnantes. C’était la débandade. Jusqu’à 20h15 où nous étions sur les lieux, la Police et les sapeurs-pompiers y étaient encore. Le feu a été totalement maîtrisé mais la ruelle concernée et celle suivante ont été ceinturées par les éléments de la police qui filtraient l’entrée. Des habitants des maisons qui jouxtent l’immeuble qui a brûlé ont été interdits d’accès à leurs maisons pour des raisons de sécurité sanitaire et nul doute faciliter aux agents assermentés le travail d’évacuation de probables survivants et de constatations. En terme d’évaluation des dégâts causés par le drame, nous n’avons pas pu avoir de statistique concrète, fiable ni chez les témoins interviewés, ni auprès des agents des forces de sécurité qui, eux étaient à pied d’œuvre. D’aucuns parlent d’une trentaine de victimes.
Témoignages glaçants
Un jeune homme, environ vingt-cinq ans, qui habite une maison située à quelques encablures de la concession où a eu lieu le drame, explique qu’il était dans la chambre en train de faire la cuisine quand il reçoit une première faible vague de fumée. Il hésitait entre poursuivre avec la préparation de la sauce à la suite de la pâte qu’il venait de terminer. Heureusement qu’il s’est vite décidé en abandonnant tout. Mais une fois dans sa ruelle sise après Zoom Service Photos, il avait vu un homme essoufflé, qui a été évacué. <<Il y a une femme qui, elle, a giclé pratiquement nue de la maison. C’est quand elle s’est retrouvée dehors avec la foule, qu’elle s’en est rendue compte. Une bonne volonté a dû lui trouver un pagne pour se couvrir>>, a confié le jeune homme. <<Un homme habitant la maison, qui n’était pas là quand la lourde fumée s’élevait, y a fait irruption, n’ayant pas retrouvé ses enfants. Tout ce qu’on peut dire, on ne l’a plus vu sortir de la maison>>, poursuit-il dans son récit en faisant savoir que pendant des heures, l’environnement était devenu invivable pour certains enfants et même des adultes. << Moi, j’ai dû avaler une certaine quantité d’huile rouge et du lait Peak pour me retrouver>>, indique notre interlocuteur.
Une autre femme dans la même ruelle, bébé au dos, panier sur la tête, se confiait à certains curieux attroupés. <<Nous, dans notre maison, la fumée a commencé par nous envahir. On était que deux adultes et il fallait rapidement sortir les cinq enfants qui y étaient avec nous. À un moment donné, la visibilité devenait difficile. Voilà que le portail était fermé, puisque chaque fois qu’un locataire sort il doit le fermer à clé. On n’avait plus la présence d’esprit de retrouver notre clé, on a forcé l’ouverture du portail puis on a réussi à sortir finalement. J’ai eu mal aux yeux.>>, raconte-t-elle.
Un autre jeune homme qui allait faire la copie d’un document vers le carrefour Sègbèya narrait aussi comment l’air était devenu irrespirable et il s’est retrouvé, lui, dans une maison dans les parages pour se mettre à l’abri. Mais là encore, relate-t-il, ce n’était pas la joie. <<J’ai vu un enfant qui avait du mal à respirer ainsi qu’une dame qui est tombée. Il fallait voir comment une autre dame est allée chercher de l’eau glacée pour verser sur elle. Moi, j’ai dû ingurgiter de l’huile rouge, du lait Peak et du sodabi sur de la décoction pour bien me racler la gorge qui s’était asséchée entre temps avant de mieux me retrouver>>, déclare-t-il.
À une cinquantaine de mètres du lieu du sinistre, un patron couturier fait savoir que plus personne ne pouvait rester dans la ruelle quand la fumée s’est densifiée. Il a dû laisser l’atelier, déclarant par ailleurs que c’est grâce à l’huile rouge et du lait Peak qu’il a pris qu’il se porte mieux. Selon les témoignages, plusieurs personnes notamment des enfants de maisons voisines et de l’habitation qui a brûlé, ont été évacués dans les hôpitaux environnants d’Ayélawadjè, Kowégbo, et au Cnhu pour les cas critiques. Toute la journée, du moins jusqu’à 22h, des ambulances faisaient la navette dans le quartier. Même de loin, on pouvait capter le bruit de leur sirène stridente.
Le récit d’un élu local
Ernest Sèdjro Paqui, est conseiller local au quartier Sègbèya sud. Son domicile est à environ 1km du lieu du sinistre. Voici son récit :
<<Autour de 14h ou 14h 30 par là, nous avons commencé par sentir de la fumée. Ça sentait du gaz domestique. Après l’odeur s’est entremêlée à une odeur du javel. Ça semblait quelque chose de banal, mais l’odeur au fil des minutes s’est intensifiée. On arrivait plus à respirer. J’étais chez moi, j’ai dû m’enfermer dans la chambre avec mes enfants à l’intérieur. Même à l’intérieur, on arrivait à respirer difficilement parce que l’odeur avait déjà envahi toutes les chambres, toutes les concessions. Les enfants n’arrivaient plus à respirer, leur maman criait, prise de panique. Étant l’homme de la maison, j’ai dû prendre mon courage à deux mains, sortir, en plus de ma casquette d’élu local. Il fallait que j’aille voir ce qui se passait. J’ai mis mon cache-nez (masque), la fumée était déjà trop forte. Quelques minutes après, je suis arrivé sur les lieux. La Police et les sapeurs-pompiers étaient déjà là. C’était la panique totale. Il y avait des gens qui ne tenaient pas, qui s’évanouissaient. Il faut saluer la promptitude des sapeurs-pompiers. Nous avons vu par la suite une demi-douzaine de camions citernes pour essayer de maîtriser la fureur des flammes. Ce serait illusoire d’avancer un chiffre quant aux victimes>>.
Ce que le gouvernement pourrait faire à travers le Ministère de la santé
De ce qui précède, il est évident que beaucoup de sujets dans la zone d’Akpakpa, enfants comme adultes ont inhalé une certaine quantité de cette fumée toxique. Combien sont-ils ceux-là qui ont dû faire avec les moyens de bord pour se « désintoxiquer »? Est-ce parce qu’ils ne sont pas tombés en syncope, évacués dans un centre hospitalier et mis sous assistance respiratoire qu’ils sont des sujets bien portants ? N’y a-t-il pas risque que toutes ces personnes développent des affections graves à moyen ou long terme ? Le gouvernement doit s’y pencher en prenant ses responsabilités. N’y a-t-il pas possibilité d’inviter ceux qui sont dans la zone du sinistre à se rendre dans un centre de santé public pour un check-up et une prise en charge gratuite ? C’est une question de santé publique qui nécessite une prompte réaction du gouvernement.
J.B