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Ouzérou Abdoulaye mérite plus de respect : critiquer, oui, lyncher, non !

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Il y a encore quelques semaines, Ouzérou Abdoulaye était célébré pour ses prouesses à la tête des Amazones U20 du Bénin, qu’il a conduites à une qualification historique pour la Coupe du monde féminine U20, une première dans l’histoire du football béninois. Aujourd’hui, le même homme est la cible d’un véritable déferlement d’insultes et d’injures sur les réseaux sociaux. En quelques instants, les applaudissements ont laissé place aux condamnations, la reconnaissance à l’indignation. Comme si les exploits d’hier n’avaient plus aucune valeur face aux désillusions d’aujourd’hui. Pourtant, Ouzérou Abdoulaye mérite davantage de respect.

Le football est ainsi fait. Il élève les hommes au sommet lorsque les résultats sont au rendez-vous et les précipite parfois dans la tourmente au moindre revers. Abdoulaye Ouzerou en fait aujourd’hui l’amère expérience. Après avoir pris le dessus sur le Mali lors de la manche aller du deuxième tour des éliminatoires des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, les Amazones du Bénin ont lourdement chuté à Bamako, battues 6-2 par une équipe malienne impitoyable. Une défaite difficile à digérer, tant par son ampleur que par les espoirs qu’avait suscités le premier acte de cette double confrontation.

Cette nouvelle désillusion vient s’ajouter à la déception née de la participation des Amazones U20 à la Coupe du monde en Pologne. Pour de nombreux supporters, la pilule est amère. La colère est grande, la frustration légitime et les interrogations nombreuses. Mais fallait-il pour autant transformer cette déception en une campagne de dénigrement contre le sélectionneur béninois ? Fallait-il oublier, en quelques jours, tout ce qu’il a apporté au football féminin national pour ne retenir que ses derniers échecs ? Un mauvais résultat ne doit pas effacer un parcours, et une défaite ne doit jamais justifier le manque de respect.

Critiquer ses choix, oui, insulter sa personne, non

Les supporters ont parfaitement le droit d’être déçus. Ils ont le droit de questionner les choix tactiques de Ouzérou Abdoulaye, de remettre en cause ses décisions, de réclamer des explications et d’exiger de meilleurs résultats. Le football est un sport populaire dans lequel la passion, les attentes et les émotions occupent une place essentielle. Mais il existe une frontière entre la critique sportive et l’acharnement personnel. Cette frontière, certains semblent aujourd’hui l’avoir franchie. Oui, Ouzérou Abdoulaye a peut-être commis des erreurs. Certains de ses choix ont pu être discutables, certaines décisions ont peut-être contribué aux résultats décevants enregistrés par ses équipes. Il serait malhonnête de prétendre qu’un sélectionneur est au-dessus de toute critique. Mais qui peut se vanter de ne jamais se tromper ? L’essentiel, lorsqu’on commet une erreur, est d’en tirer les leçons, de se remettre en question et de chercher les moyens de progresser. Un entraîneur, comme tout autre professionnel, peut se tromper, échouer et décevoir. Cela ne fait pas de lui un incapable, encore moins une cible sur laquelle chacun peut se permettre de déverser sa haine. Le débat doit porter sur le jeu, les choix, les résultats et les perspectives d’amélioration, pas sur la dignité de l’homme.

Le football reste un jeu d’incertitudes

Il faut aussi se rappeler une réalité fondamentale. Le football est imprévisible. Aucun entraîneur ne maîtrise tous les paramètres d’un match. Un plan de jeu peut s’effondrer, une équipe peut passer à côté de son sujet et des joueuses sur lesquelles reposaient les plus grands espoirs peuvent décevoir. C’est aussi ce qui fait la beauté, mais parfois la cruauté, de ce sport. Lorsqu’une équipe gagne, les mérites sont souvent collectifs et les félicitations pleuvent. Lorsqu’elle perd lourdement, le sélectionneur devient presque toujours le premier responsable aux yeux du public. Pourtant, le résultat d’un match ne dépend pas exclusivement de l’entraîneur. Les performances individuelles, la préparation, les circonstances de jeu, les adversaires et de nombreux autres facteurs entrent en ligne de compte. Cela ne signifie nullement que Ouzérou Abdoulaye doive être exonéré de ses responsabilités. Il doit répondre de ses choix et assumer les résultats de son équipe. Mais assumer ses responsabilités ne signifie pas accepter les insultes, les humiliations et les attaques personnelles. D’ailleurs, il ne faut pas croire que cette lourde défaite est facile à vivre pour lui. Quel entraîneur prend plaisir à voir son équipe sombrer de la sorte ? Quel technicien ne ressent pas de frustration lorsqu’un travail de préparation débouche sur un résultat aussi décevant ? Derrière le sélectionneur, il y a un homme qui, lui aussi, peut être affecté par l’échec, mesurer ses erreurs et chercher des solutions.

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N’oublions pas ce qu’il a déjà accompli

La mémoire collective ne devrait pas être aussi courte. La qualification historique des Amazones U20 pour la Coupe du monde féminine constitue une étape importante pour le football béninois. Elle a démontré qu’il était possible de franchir un cap et de porter les ambitions du pays sur la scène internationale. Cette performance ne donne pas à Ouzérou Abdoulaye un blanc-seing. Elle ne l’immunise pas contre les critiques et ne saurait justifier tous ses choix futurs. Mais elle mérite d’être reconnue, même au moment où les résultats sont moins reluisants. On ne peut pas réclamer de nos techniciens qu’ils bâtissent, progressent et obtiennent des résultats tout en les livrant à la vindicte populaire à chaque revers. Le développement du football béninois exige de la rigueur, de la compétence, de la remise en question, mais aussi un minimum de considération pour ceux qui s’y investissent.

Si Ouzérou Abdoulaye doit être évalué, que ce soit sur des critères sportifs, avec lucidité et objectivité. Si des erreurs ont été commises, qu’elles soient identifiées. Si des ajustements sont nécessaires, qu’ils soient envisagés. Si des responsabilités doivent être établies, qu’elles le soient. Mais que l’on cesse de confondre exigence et humiliation.

La colère ne doit pas faire perdre notre humanité

Les supporters béninois sont en droit d’attendre mieux des Amazones. Ils sont en droit de rêver de qualifications, de victoires et de performances à la hauteur de leurs ambitions. Leur déception est compréhensible, et personne ne devrait leur demander de faire semblant d’être satisfaits après une défaite de cette ampleur. Cependant, la passion sportive ne doit jamais devenir un prétexte pour abandonner toute retenue. Les réseaux sociaux ne doivent pas être des tribunaux populaires où l’on condamne un homme sans mesure, au gré des émotions du moment. Il est possible de dénoncer une contre-performance sans insulter. Il est possible de réclamer des changements sans humilier. Il est possible de demander des comptes sans chercher à détruire moralement celui à qui l’on reproche des erreurs. Critiquer, c’est exercer son droit. Insulter, c’est franchir une limite. Abdoulaye Ouzerou n’est ni infaillible ni intouchable. Il est un technicien qui peut réussir, échouer, apprendre et rebondir. Il mérite d’être jugé sur son travail, ses résultats et sa capacité à tirer les enseignements de cette nouvelle désillusion. Mais il mérite aussi d’être traité avec la dignité due à tout être humain.

Au fond, la question est simple : voulons-nous construire un football béninois plus fort ou simplement trouver des coupables à chaque défaite ? Le Bénin a besoin de débats francs, d’analyses sérieuses et d’exigences élevées. Il a également besoin de respect, de patience et de mémoire. Les victoires ne doivent pas être les seuls moments où l’on reconnaît le mérite des acteurs du sport. A Ouzérou Abdoulaye , il appartient désormais de répondre aux critiques par le travail, l’analyse et, si possible, de meilleurs résultats. Aux supporters, il revient de faire preuve de discernement et de ne pas laisser la colère dicter tous leurs mots.

Mahugnon Salomon

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